« Réparer une sacoche à dépêches en croco Hermès, un sac Chloé, oui. Un Goyard, non »
Chez Yvan Cuir, on donne une seconde vie aux sacs Chloé, aux valises T.Anthony. Rue des Boulets, à la frontière du 11e et du 12e arrondissement de Paris, Marius Chaptal, dit « Yvan », répare des sacs et de la maroquinerie depuis près de quarante ans, dans l'atelier fondé par son père.
Des sacoches à dépêches en croco Hermès, des sacs Chloé, des valises T.Anthony. Mais Yvan s’interdit de toucher à un Goyard. Tiens-donc, pourquoi ? À la recherche d’un « serrurier » pour une valise fameuse*, on nous a conseillé Yvan Cuir. Ce fut un bon conseil.
Sur l'enseigne, il y a écrit Yvan, mais vous vous appelez Marius. Pourquoi ?
Marius Chaptal : Mon père avait le même nom et le même prénom que moi. Quand je me suis installé en 1994, la Chambre des métiers avait deux Marius Chaptal en fichier, et nos cotisations sociales se sont retrouvées mélangées. On m'a conseillé de changer d'intitulé professionnel. Et Yvan, c'est mon deuxième prénom.
Comment définiriez-vous votre métier ?
M.C : C'est un atelier de réparation de maroquinerie. Je ne fais pas de confection, uniquement de la remise en état : sacs à main, un peu de valises. Je prolonge la vie des objets qu'on m'apporte.
Comment tout ça a-t-il commencé ?
M.C : Mon père était artisan maroquinier, fabricant, modéliste, il faisait des collections pour de grandes marques. Enfant, je venais jouer dans ses pattes. Au collège, le mercredi, je venais fabriquer un petit porte-monnaie, un porte-clés.

Et vous avez fini par arrêter les études pour le rejoindre ?
M.C : Dès la 6e, je lui disais que les études ne m'intéressaient pas. Mais j'avais de bonnes notes, et lui n'avait pas pu faire d'études complètes, il projetait sur moi un parcours scolaire qu'il n'avait pas pu effectuer Il voulait que je passe mon bac d'abord. Je ne l'ai jamais passé : arrivé en première S, je lui ai fait comprendre que ça faisait des années que je lui demandais de travailler avec lui. Il a réfléchi, et a fini par accepter. Je suis entré en apprentissage à 17 ans, en alternance au CFA.
Combien de temps faut-il pour maîtriser ce métier ?
M.C : Une dizaine d'années pour être vraiment à l'aise et autonome, pas seulement réparer le cuir, mais aussi savoir tarauder une pièce métallique ou en refabriquer une. La réparation, c'est composer avec plusieurs métiers à la fois : on démonte un sac et il faut souvent inventer, imaginer une pièce pour le réparer.

Comment avez-vous progressé ?
M.C : Surtout en observant mon père travailler, ses mains, ses gestes techniques. Aujourd'hui encore, quand je façonne quelque chose, j'ai parfois l'impression que ce sont ses mains qui travaillent. C'est assez émouvant.
Les robots ou l'IA pourraient-ils vous remplacer ?
M.C : Je ne pense pas, en tout cas, pas tout de suite.
Quel type de clientèle avez-vous ?
M.C : Surtout des sacs à main, un peu de valises. Le luxe ne représente qu'environ 30% de ce qu'on m'apporte. Les 70% restants sont du « tout venant », pas forcément du luxe, mais de jolies pièces auxquelles les gens tiennent énormément.
Certaines maisons sont-elles plus qualitatives que d'autres ?
M.C : Tout ce qui vient de chez Hermès est magnifique. Chloé, Chanel aussi, il y a de très beaux savoir-faire français. À l'inverse, des maisons comme Goyard ou Michael Kors misent surtout sur le marketing plutôt que la qualité de fabrication. Un Goyard, par exemple, je ne le répare pas : c'est du plastique, les poignées sont de mauvaise qualité. (…)
La suite de l'interview et des secrets du savoir-faire de Marius sont à découvrir, dans le N°140 d'En-Contact, parution fin août !
Photo de une, Marius au travail © Edouard Jacquinet