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Pourquoi les « Russes Blancs » ont-ils été des chauffeurs de taxi très recherchés par la G7, dans les années 30 ?

Publié le 05 juin 2026 à 12:00 par Magazine En-Contact
Pourquoi les « Russes Blancs » ont-ils été des chauffeurs de taxi très recherchés par la G7, dans les années 30 ?

En 1932, Paris, embouteillé, compte entre 25 000 et 30 000 taxis. La CFAP (Compagnie française des automobiles de place), ancêtre de la G7, recherche des chauffeurs honnêtes et au service des clients, car elle ne veut aucune réclamation de la part de ces derniers. Les « Russes Blancs » sont de très bons candidats, artisans de l'expérience transport et client ambitieuse que désire promouvoir la G7.

Courts extraits d'Une course à travers les siècles de Nicolas Rousselet (Débats Publics Editions)

Pages 28-29

« (...) À la fin de cette période et au début de la décennie suivante, le taxi parisien est donc à son apogée. La clientèle, nombreuse, est très attachée à ce mode de déplacement. En 1932, entre les chauffeurs de métier et les “taxis occasionnels”, on voit rouler, dans un Paris fort embouteillé, entre 25 000 et 30 000 taxis, dont certains sont même collectifs. Il s'agit du plus grand nombre de taxis jamais enregistré dans la capitale. 

Vous mentionniez un peu plus tôt la professionnalisation du secteur au cours de la décennie 1920. Quelles formes a pris cette évolution ? 

Il s'agit en effet de la deuxième caractéristique des Années Folles. Durant la décennie 1920, le taxi se transforme. Des services d'embauche s'ouvrent dans les grandes compagnies, comme à la CFAP (. L'attrait de la profession est fort. Devenir “taxi”, c'est échapper à l'usine ou à l'atelier où les conditions de travail sont très éprouvantes. Ce métier encourage la promotion sociale, ce qui demeure vrai 100 ans plus tard. Certains y voient un tremplin vers d'autres carrières. Les critères d'embauche des grandes compagnies se font de plus en plus stricts. La CFAP se montre très pointilleuse sur l'honnêteté. Sa réputation est en jeu : il ne doit y avoir aucune réclamation ni plainte émanant des clients, qui peuvent faire part de leurs doléances à une commission disciplinaire propre à la compagnie. Ce sont les premiers pas de ce que l'on connaît désormais sous le nom de “service client”.

Une course à travers les siècles, Nicolas Rousselet, Débats Publics Editions © G7

Ce haut degré d'exigence explique le bon accueil réservé aux “Russes blancs” récemment immigrés à la suite de la Révolution communiste, et que leur éducation et leur situation précaire incitent à une conduite exemplaire. Hommes assez jeunes, aristocrates, bourgeois ou anciens soldats du tsar Nicolas Il, refusant le nouveau régime communiste, migrent notamment à Paris et dans sa proche banlieue. Ils sont ainsi engagés par Renault à Billancourt on en recense 2 000 en 1926 et 4 000 en 1931 dans cette commune rebaptisée familièrement “Billankoursk”. 

Dans l'entre-deux-guerres, la profession joue ainsi un rôle intégrateur pour les plus défavorisés et les immigrés, situation qui préfigure toute une politique d'insertion sociale par le travail. Elle attire également des Français de zones rurales qui arrivent à Paris, comme les migrants de la vallée de la Maurienne, qui forment une communauté importante à Levallois. D'autres communautés prendront le relais : venues d'Asie dans les années 1970, d'Afrique dans les années 1980, du Maghreb et des pays de l'Est depuis '1990. L'essor du taxi et de la CFAP est ainsi indissociable de l'histoire de l'immigration en France. 

L'actualité nous le démontre hélas dans l'Hexagone, l'accueil des immigrés n'est jamais un long fleuve tranquille. L’arrivée des Russes Blancs dans les années 1920 vérifie cette règle. Le Syndicat des chauffeurs de taxi voit d'un mauvais œil l'intégration d'étrangers qui risquent de modifier le rapport de force dans la profession. En raison de leur histoire, ces immigrés ne risquent pas de s'inscrire à la CGTU, et les dirigeants des grandes compagnies de taxis jugent opportune l'embauche de cette main-d’œuvre qui sillonnera les rues parisiennes jusqu'aux années 1960. La diaspora russe met en place un réseau d'entraide qui encourage l'accès au métier. Elle organise des cours du soir et publie des manuels en russe. En 1926, ces migrants créent l'Union générale des chauffeurs russes. L'organisation est jugée trop à droite, et un certain nombre d'adhérents potentiels se regroupent peu après au sein de l'Association des chauffeurs et des ouvriers de l'automobile... Ces deux associations recensent 3 156 chauffeurs de taxi russes, dont 1481 à Paris et les autres en banlieue. »

Dans un livre passionnant, passé un peu inaperçu, Une course à travers les siècles de Nicolas Rousselet (Débats Publics Editions), un ouvrage rédigé avec la collaboration d'Arnaud Berthonnet, découvrez l’histoire de la G7, la compagnie qui a révolutionné la mobilité urbaine et a notamment employé des milliers de « Russes Blancs », comme chauffeurs. En 1985, le central G7 est le premier call-center informatisé de ce type dans les compagnies de taxis. En 1991, la distribution des courses est révolutionnée : Lire Ici un autre extrait 

Photo de une, dans l'atelier des Taxis Bleus, à Sevran en 2016. Les Taxis Bleus était une filiale du groupe G7 qui n'exploite plus désormais qu'une marque de taxis, la G7. © Edouard Jacquinet

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