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L’IA, son impact, son arrière-cour, en quatre livres. Qui ment, qui vend ?

Publié le 01 février 2026 à 11:00 par Magazine En-Contact
L’IA, son impact, son arrière-cour, en quatre livres. Qui ment, qui vend ?

De nombreux livres parus récemment gravitent autour de l’IA, de ses impacts, de la révolution en cours. Le plus vendu a un titre malin, le plus indispensable (selon nous) est un échec commercial en France, le plus primé a pris les chemins de traverse et s’intéresse aux prophètes. Quant aux catholiques et aux philosophes, ils incitent à tirer les leçons du Moyen Age et à faire preuve de discernement. C'est même fortement conseillé.  

 

Ne faites plus d‘études. Laurent Alexandre, Olivier Babeau, éditions Buchet. Chastel. Pages 83-84.

La révolution technologique, met, très précisément, le monde d’hier la tête en bas. Une partie de ceux qui dominaient se retrouvent à terre. C’est l’aspect le plus dérangeant du phénomène que nous vivons, car il touche ceux qui avaient l’habitude de voguer sans trop de herts de paradigmes. Cette fois-ci ça va aussi secouer pour eux. Ce n’est pas pour autant le grand soir de la prise de pouvoir prolétarienne. Mais les élites vont devoir remettre leur titre en jeu.

La fin de la rente cognitive

La grande promesse du capitalisme cognitif était que les « métiers de la tête » remplaceraient les « métier des mains ». Que le travailleur du savoir remplacerait l’ouvrier. Que le diplôme deviendrait la clé universelle de l’ascension sociale. Cette promesse est aujourd’hui pulvérisée par l’IA.

Les tâches intellectuelles standardisées sont déjà prises en charge par des IA gratuites ou presque : synthèses, notes, reporting, analyses juridiques simples, études de marché, résumés de réunions, lettres de motivation, réponses aux appels d’offres, etc . L’avocat junior qui peinait pendant deux heures sur une clause contractuelle est battu par GPT en deux secondes. Le consultant débutant, qui souffrait sur son PowerPoint, est remplacé par une IA qui propose dix slides sur le sujet en un clin ‘œil. Sans réclamer de prime de pénibilité.

Le phénomène est brutal : des millions de postes à moyenne qualification sont rendus obsolètes par la dématérialisation du raisonnement. Avoir un diplôme universitaire ne protège pas.

Pendant des décennies, les savoirs intellectuels étaient protégés par la barrière du diplôme et la lenteur d’acquisition. Il fallait cinq ans pour devenir juriste, huit à onze pour devenir médecin, dix pour prétendre être professeur d’université. Ce temps long garantissait une rente. On capitalisait sur un savoir difficile à acquérir, dont la maîtrise était attestée par un parchemin. Une fois les portes glorieuses franchies, la thèse soutenue, le concours réussi, on entrait pour toujours dans une classe professionnelle supérieure, comme on entre en religion. Le savoir faisait de nous des clercs du système économique. 

Le numérique avait déjà fissuré cette rente en permettant un accès massif à l’information. L’IA la détruit en supprimant le coût d’accès à la compétence elle-même.

Avec ses 25 000 ventes au compteur, et plus de cinq cents ventes supplémentaires chaque semaine, Ne faites plus d’études fait largement la course en tête. Grâce à son titre accrocheur, l'essai joue habilement sur la peur que déclenche l'IA dans de nombreux secteurs et notamment celui de la formation et des études. N'est-il pas un peu tôt pour asséner des injonctions au ton définitif ?  

 

Une ex-cadre de Facebook a écrit le plus disruptif et inquiétant. L’insider y révèle l’arrière-cour de Meta

Et l'on est bien loin de ce qu'en racontait par exemple Sheryl Sandberg, ex-numéro 2 de Facebook, qui a écrit deux livres, dont Option B et Lean in.  Ci-après, un extrait du livre Des gens peu recommandables. Sarah Wynn-Williams, éditions Buchet. Chastel. 

(..) On ne change pas les tâches du pelage d'un lépoard. Aujourd'hui, Meta est l'une des entreprises les plus puissantes au monde. Et nous vivons désormais dans un univers façonné par ces personnages et leur mortelle insouciance (..). Nous devons comprendre la relation que Facebook entretient réellement avec la Chine, sa deuxième source de revenus après les Etats-Unis (..)

Pourtant Facebook parait jouer sur la défensive, affirmant que personne en Corée-ni le gouvernement ni la police n'a de pouvoir sur eux. Il semble que ce soit la position de choix du réseau social dans tous les pays hors Etats-Unis et Irlande où se situe son siège social international. L'entreprise conteste leur pouvoir de réglementer en ce domaine, à moins qu'ils n'aient promulgué des lois spécifiques ciblant notre activité et qu'ils n'aient légiféré sur les champs de compétence. (..) Les dirigeants de Facebook estiment qu'en cas de conflit, leurs  valeurs telles qu'ils les définissent peuvent l'emporter sur les lois nationales. (Page 184)

La Corée n'est pas la seule à sévir contre Facebook. D'autres nations ont ouvert des enquêtes pour toutes sortes de raisons. Nos bureaux internationaux ont reçu des visites et subi des descentes armées ou non, au Brésil, en Corée, en Inde et en France. J'en entends généralement parler lorsqu'un appel téléphonique ou un e-mail me parvient de notre chef de bureau local. Saaalut ! Je suis devant un type armé qui veut savoir quand nous paierons nos impôts au Brésil. Cela se produit désormais assez régulièrement pour que nous ayons mis en place des procédures d'urgence en cas de raid (..) 

Chez Facebook, on s'attend à ce que la maternité soit invisible, et plus on a de compétences, plus elle doit être invisible. Des mois plus tard, lorsque notre bébé doit être transporté d'urgence à l'hopital en ambulance, pendant des jours au bureau je n'en parle pas (..) Toutes les histoires du livre de Sheryl En avant toutes sur le fait de quitter le travail à 17H30, en confiant à ses collègues qu'elle doit rentrer chez elle auprès de ses enfants. Pourtant, en réalité, il y a une grande différence entre ce que racontent les gens de Facebook et ce qu'ils font particulièrement en ce qui concerne les enfants (..) Toutes ces fables sur la maternité veillent bien à gommer le rôle joué par la phalange de nounous et autres soutiens qui se chargent généralement de la majeure partie du travail consistant à éléver des enfants. La maternité dans la forme, pas dans la fonction. Elles ne parlent pas du véritable secret qui leur permet de maintenir l'équilibre entre leur vie professionnelle et et eur vie privée, de vivre leur maternité comme si elles n'avaient pas de gamins: c'est grâce à leur salaire de plusieurs millions de dollars qu'elles y parviennent. (Page 167) 

C'est une prise de conscience gênante du peu de cas qu"ils font des autres, ces gens avec lesquels je travaille, soixante, soixante-dix, quatre vingts heures par semaine. Les dirigeants de Facebook ne sont pas ce que j'espérais. Rétrospectivement, j'aurais dû y réfléchir beaucoup plus sérieusement que je ne l'ai fait. (Page 191)

Publié aux Etats-Unis en mars 2025, sous le titre Careless People, le livre s'est classé dans les meilleures ventes selon le New-York Times et a dépassé les 60 000 ex vendus dès la première semaine. Meta a réussi à empêcher l'auteure de participer à la promotion de son livre. En France, les scores de vente ont été très décevants, dépassant à peine les 2000 ventes. Peu de médias ont relayé sa sortie et bien évidemment, son auteure n'est pas venue en parler sur les plateaux, ce qui explique probablement cet échec, ou peut-être également son titre, peu compréhensible. Buchet. Chastel, qui en a acquis les droits pour la France, n'a donc pas de recette magique pour assurer le succès d'un livre. Et pourtant, quel choc : Un témoignage unique sur ceux qui détiennent réellement le pouvoir aujourd'hui- et sur la manière dont ils l'exercent. Un livre que tous les politiques devraient lire, avant qu'il ne soit trop tard. Voilà ce qu'en pense Giuliano da Empoli. Malgré cette prescription, nulle progression dans les ventes. 

 

Des philosophes et quelques penseurs catholiques ont publié un court essai passionnant, malgré sa couverture tristounette

L'intelligence artificielle « Communio ». Revue catholique internationale. Lire ici ce qu’en a écrit Christine Kerdellant :

« La pensée médiévale établit une nette distinction entre l'intelligence et la raison, deux notions qui tendent aujourd'hui à se confondre. Le détour par le Moyen-Age nous permet de comprendre pourquoi l'intelligence ne se réduit pas aux fonctions qu'un ordinateur assure de nos jours avec une efficacité bien supérieure à la nôtre. Il nous rappelle qu'elle est avant tout capacité d'étonnement et d'admiration. »

Court et constitué de chapitres portant sur des thématiques diverses, chacune étant couverte par un spécialiste, l'ouvrage aborde de façon didactique quelques grandes questions liées à l'IA. Pas d'accroche ni de pitch mais un éclairage rigoureux et mesuré. 

 

 

Guillaume Grallet a écrit le plus intrigant

Le 12 février, son auteur viendra, lors d'un débat et d'une dédicace, organisée par Lamartine et notre magazine,  expliquer pourquoi s’intéresser aux hommes et femmes qui font l’IA renseigne sur leur sincérité et le moment clé que nous vivons. C'est l'argument du livre, original et honnête. Le rédacteur en chef technologie du Point nous fait rentrer dans l'intimité des pionniers. Prix du livre d'Economie.

Grâce aux 270 pages de ce livre bourré d'anecdotes

Embarquez dans le Van qui conduit Sam Altman à Station F, visitez le bunker de Hawaii où Mark Zuckerberg attend la fin du monde. Comprenez les craintes et les doutes de Reid Hoffman, le fondateur de Linkedin, nostalgique d'une ère de doute constructif ou ceux de Meredith, un ovni dans le monde des big tech. 

(..) En mars 2025, à la conférence SXSW, Meredith Whittaker s'attaque au concept d'agentic AI, ces IA dites autonomes censées prendre des décisions pour nous. Utiliser une IA agentique, c'est comme mettre son cerveau dans un bocal. Ce qu'on appelle IA aujourd'hui n'est pas un un concept technique, c'est un slogan marketing ( page 151)

Dans Pionniers, l'auteur reste à une place remarquable et appréciable : celle de l'observateur curieux, qui pose des questions pratiques et nous permet, grâce à la rencontre de quelques visionnaires, disrupteurs, de mieux comprendre ce qui se joue, maintenant. “En réalité, l'intelligence artificielle ne tuera l'intelligence humaine que si nous le permettons. Il est temps de ne plus le permettre”. Cette place est aussi partiellement une limite: quand on est invité à partager l'intimité, un rare moment de disponibilité, on ne gratte pas trop les plaies.

7400 ventes au compteur 

Une saison en enfer

Les scores de vente d'un ouvrage, d'un essai, ne reflètent pas toujours l'intérêt réel d'un livre, encore plus sur des thématiques liées à l'économie, l'entreprise, ce qu'on peut changer dans la vie et la langue. En 1873, Une saison en enfer est publiée à compte d'auteur, par Arthur Rimbaud. Ventes nulles, d'autant que le nombre d'exemplaires est modeste, l'imprimeur cessant d'imprimer pour cause de factures non honorées. Un titre accrocheur et de nombreux passages en TV ou radio aident cependant à les faire connaitre et lancer, une étape indispensable. 

Les Barbares, essai sur la mutation, d'Alessandro Baricco, a connu un démarrage en France très modeste lors de sa sortie en 2014. Et puis, dans les milieux de la tech, on s'est mis à le partager, conseiller. Le livre s'est finalement bien vendu. Vingt ans après sa sortie en Italie, en 2006, il demeure (selon nous) un livre incontournable et accessible pour qui réfléchit à l'impact des technologies et tente de comprendre ce qui peut être sauvé et qu'on pensait sacré. 

Enfin, l'ouvrage, paru en 2025 sur l'histoire et la transformation radicale de la téléprospection, du phoning, est le best-seller conseillé pour qui s'intéresse au télémarketing. Lire ici

Dans ce secteur également, l'IA bouleverse tout. 

Manuel Jacquinet 

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