Les gens de la tech détestent qu'on raconte qu'ils sont peu recommandables, parfois
Les gens de la tech, parfois peu recommandables, réduisent au silence leurs collaborateurs déçus. Une lecture d'été conseillée.
Récemment, un grand PDG français de la distribution automobile a conseillé de ne pas se laisser emprisonner par Salesforce. Ils augmentent les tarifs de toute façon et vous enferment dans leur écosystème. Ils sont rares à avoir cette franchise.
Chez Meta, c’est Sarah Wynn-Williams, ex-cadre de Facebook et auteure de Careless People, qui a été réduite au silence après la sortie de son livre et récemment lors du festival littéraire Hay Festival, au Pays de Galles, l'un des plus importants festivals littéraires du monde anglophone. L'auteure est devenue lanceuse d’alerte après la publication de son livre Careless People: A Cautionary Tale of Power, Greed, and Lost Idealism (Des gens peu recommandables.) est bien montée sur scène. Mais elle n’a pas prononcé un mot, sur les conseils de son avocat.
Face au public, l’autrice est restée assise pendant toute la durée de la rencontre
Elle se tenait aux côtés de la journaliste d’investigation Carole Cadwalladr et de l’universitaire Tim Wu. Ses avocats lui avaient déconseillé de parler, de répondre ou même de réagir physiquement, afin d’éviter toute violation d’une décision arbitrale obtenue par Meta, maison mère de Facebook, Instagram et WhatsApp. The Guardian raconte qu'elle n’a pas pu s’exprimer, ni même hocher la tête ou la secouer, tandis que la discussion se poursuivait autour d’elle. Et qu'au terme de l’événement, le public lui a réservé une standing ovation.

Facebook, devenu Meta, tente de verrouiller la parole
Après la publication de Careless People, paru chez Flatiron Books, maison d’édition du groupe Macmillan.Meta a fermement contesté ces accusations. Et qualifié l’ouvrage de mélange d’éléments anciens, déjà rapportés, et d’allégations fausses visant ses dirigeants. Meta A affimé également que Sarah Wynn-Williams avait été licenciée en 2017 pour des raisons liées à ses performances et à son comportement professionnel. Avant même la publication du livre, Meta avait engagé une procédure d’arbitrage d’urgence contre son ancienne salariée. Le groupe estimait que l’ouvrage et sa promotion violaient les clauses d’un accord de départ signé lors de son départ de l’entreprise. Une décision arbitrale provisoire a alors interdit à Sarah Wynn-Williams de promouvoir le livre ou de tenir publiquement des propos considérés comme dénigrants envers Meta.
L’interdiction ne vise pas son éditeur
Macmillan a indiqué que la décision arbitrale n’avait pas d’effet sur la publication du livre et indique vouloir continuer à le soutenir. L’éditeur s’est dit « consterné » par ce qu’il présente comme une tentative de réduire son autrice au silence au moyen d’une clause de non-dénigrement issue d’un accord de départ. Les avocats de Sarah Wynn-Williams indiquent que Meta a déposé en mars 2026 une demande de sanctions. Le groupe considère que l’auteure contrevient à la décision arbitrale lorsqu’elle apparaissait publiquement dans un lieu où elle sait que son livre était en vente et où sa présence pouvait attirer l’attention sur l’ouvrage. Son apparition au Hay Festival aurait été expressément citée comme exemple possible de violation.
Il est difficile de promouvoir un livre quand personne ne peut en parler
Ravi Naik, l’avocat de Sarah Wynn-Williams, a expliqué être lui aussi limité par la décision arbitrale. Il estime que les termes de la procédure visent non seulement sa cliente, mais aussi ses « agents », ce qui l’empêcherait de promouvoir le livre ou de tenir certains propos critiques au nom de Sarah Wynn-Williams. Il a déclaré n’avoir jamais connu une situation où une cliente ne pouvait pas parler de sa propre vérité et où son avocat ne pouvait pas parler pour elle.
En France, peu de médias ont publié des articles sur le livre, qui n'a pas non plus bénéficier d'une mise en avant dans les rares émissions littéraires. “ Il est difficile de faire la promotion des livres sans leur auteur, encore plus quand ils sont étrangers ” indique Laurent Laffont, éditeur au sein du groupe Libella, qui possède Buchet-Chastel.

Au Sénat, une audition choc : Meta collaborerait avec les autorités chinoises, notamment pour censurer
Le contenu de Careless People dépasse le seul récit d’entreprise. Sarah Wynn-Williams accuse Meta d’avoir travaillé avec les autorités chinoises sur des outils de censure et d’avoir poursuivi des intérêts commerciaux en Chine au détriment de valeurs démocratiques et de la sécurité nationale américaine. Elle a témoigné devant une sous-commission judiciaire du Sénat américain, affirmant que des dirigeants de Meta avaient, selon elle, « miné » la sécurité nationale des États-Unis dans leurs relations avec Pékin.
Son audition s’est tenue le 9 avril 2025 devant la sous-commission Crime and Counterterrorism de la commission judiciaire du Sénat américain, lors d’une séance intitulée « A Time for Truth. Oversight of Meta’s Foreign Relations and Representations to the United States Congress » (L'heure de vérité : examen des relations internationales de Meta et de ses déclarations devant le Congrès des États-Unis). Sarah Wynn-Williams y était entendue comme ancienne directrice de la politique publique mondiale de Facebook.
Les clauses dans les contrats de travail
Chez Amazon, des clauses longues et précises font partie des contrats de travail des cadres, qui ne doivent pas, même lorsque ces derniers ont quitté leur employeur, prendre la parole. Mais il existe néanmoins des livres, tel celui de Dana Mattioli, qui raconte par le détail la façon dont le groupe a assis sa domination mondiale.
Chez Salesforce, qui invite des milliers de cadres et VIP chaque année à San Francisco, lors de Dreamforce, la PDG du groupe en France, Emilie Sidiqian a mis fin à notre rapide conversation lorsque nous lui avons demandé son avis sur des prises de parole de grands clients, apparemment déçus. “Hier, lors du Salesforce tour, à Paris, vous auriez pu rencontrer des milliers de clients satisfaits".
En général, un DSI ou DG qui se rend compte qu'il s'est trompé de partenaire technologique ne le crie pas partout. Les intégrateurs encore moins, qui s'acquittent de frais significatifs de sponsoring pour disposer d'un stand lors de ces conventions.
Symag, repris par Thematic Group
Des éditeurs et vendeurs de technologie qui ne tiennent pas complètement leurs promesses, ne sont pas une spécialité américaine. Nous avons eu l'occasion, dans En-Contact, d'évoquer la croissance étonnante de Wynd, Thematic Group, un logiciel omnicanal qui surperformait, un NVIDIA de la caisse enregistreuse. Un groupe étonnant qu'une grande banque a choisi d'ailleurs pour lui céder une de ses filiales considérée comme une excroissance, Symag.
Palantir en partie débranché ? Medallia frôle la déroute financière.
On a été cette semaine ralentis par les fortes températures. Parfois, même sans canicule, il faut du temps comme celui qui a été nécessaire aux créanciers de Medallia pour se mettre d'accord avec Thomas Bravo, qui remporte la coupe du monde de la 2ème plus grosse perte du private equity: 5,1 milliards. La mesure de l'expérience client est un vrai sujet mais la valorisation de Medallia, 6,4 milliards de dollars était peut-être optimiste. Les grands groupes français ( AXA, BNP-Paribas, Decathlon, Orange..) s'appuient massivement sur des outils tels que Medallia, Qualtrics. Ils vont pouvoir continuer d'écouter la voix de leurs clients. L'état français voudrait débrancher Palantir, au profit de Chapsvision, après plus de dix ans de concubinage. On désire s'affranchir de la tech américaine, on a envie de le faire savoir. Du coup, on s'exprime sur X et Instagram, ce qu'a fait le premier ministre, Sébastien Lecornu.
C'est la dernière journée à VivaTech, la journée grand public. Avant de vous y rendre ou en sortant, rentrez dans une librairie. Tenter d'avoir une vision élargie et contradictoire du paysage peut s'avérer utile, quand on s'équipe en technologie, quand on réfléchit à son avenir et à la place que doit y tenir la tech. Des gens peu recommandables est disponible à la vente et édité en France par Buchet-Chastel.
Manuel Jacquinet.