Rakuten France pas convaincu par les offres de reprise reçues. Les PDG de Pixmania et Mirakl crient au scandale national
Jean-Emile Rosenblum voulait, il n'était pas le seul, reprendre Rakuten France, l'activité de place de marché. Il est apparemment déçu que son offre, dont personne n'a pu consulter le détail, n'ait pas séduit. Il y a quinze ans jour pour jour, Pierre-André Martel, le fondateur de Caravelle, se tuait, en avion, avec sa fille Wanda. Qu'est-ce qu'un bon repreneur d'entreprises ?
Quel est le sens de la vie qui se joue parfois à un détail ? Qu'est-ce qui anime un entrepreneur, un PDG famous ou un auto-entrepreneur ?
Petits rappels
Depuis très longtemps, dans le capitalisme français, des empires se sont construits à partir du rachat d’entreprises, souvent à la barre du tribunal de commerce, tels ceux de François Pinault, Bernard Tapie, Pierre-André Martel, Walter Butler... Mais la place de marché Rakuten n’a retenu aucune des deux offres reçues de la part des prétendants en lice qui s’étaient manifestés : PKM, Pierre Kosciusko-Morizet associé à Verdoso et Fabien Versavau et celle d'un quasi concurrent, Pixmania, dirigée par Jean-Emile Rosenblum.
Depuis, l’un d’entre eux, Jean-Emile Rosenblum, mobilise tous ses affidés sur les réseaux sociaux, dont le PDG de Mirakl, Philippe Corrot Appelant à un sursaut national, évoquant la décommercialisation de la France.
Hier, dans Les Echos, Théo Lion, un jeune PDG a publié une tribune passionnante, sur les motivations réelles des entrepreneurs, selon lui. Les podcasteurs sont les nouveaux prophètes, la création d'entreprises et le succès qu'on va y chercher sont des tentatives modernes et désenchantées de donner un sens à sa vie.

Qui a vu et pu consulter les offres de reprise ? Par le passé Jean-Emile Rosenblum a-t-il démontré un talent de redresseur d’entreprises ?
Depuis avril dernier, Rakuten France a annoncé qu’il cherchait à céder son activité de place de marché. Depuis, la direction a tenté de trouver un repreneur. Parallèlement elle a préparé un projet de plan social (PSE) en vue d’une éventuelle fermeture. Et ce, conformément à la loi Florange, qui oblige les entreprises à rechercher un repreneur avant de fermer un site. «Chaque offre reçue a été rigoureusement évaluée à l’aune de trois critères prioritaires : la préservation du plus grand nombre de postes possible, les conditions financières de l’offre et la capacité du plan de reprise à assurer la pérennité de l’activité à long terme, explique la direction de Rakuten France. Aucune des offres reçues ne remplissait ces trois critères.»

Les offres reçues n’ont pas convaincu, peut-être parce qu’elles n’étaient pas engageantes ou suffisamment financées ?
Un bon nombre d’acquéreurs se sont apparemment intéressés au dossier, au rang desquels figurait Pierre Kosciusko-Morizet, fondateur de PriceMinister en 2000. L’entrepreneur et frère de l’ancienne ministre de l’Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, proposait d’acquérir le site en partenariat avec le fonds Verdoso ainsi que Fabien Versavau, ancien dirigeant de Rakuten France, selon une information révélée début juillet par le site L’Informé et confirmée au Figaro. L’offre de reprise du fondateur comprenait un projet de relance de la place de marché qui aurait été financé en partie par le groupe japonais. D'après nos informations, il n'y avait pas d'engagement ferme non plus sur un nombre significatif d'emplois.
Du côté de Pixmania, on comprend bien l'intérêt de fusionner les deux marketplaces et, pour Mirakl, l'intérêt de décliner ses services sur un périmètre élargi.
Le Figaro rapporte les éléments suivants : si certains observateurs se montrent dubitatifs sur l’issue du dossier, il n’y a aucun doute pour la direction: «malgré la priorité clairement donnée par le groupe à une cession de l’activité, les discussions approfondies menées avec les repreneurs potentiels n’ont pas permis d’aboutir à une solution viable permettant d’assurer la poursuite de l’activité de manière pérenne». Les dirigeants auraient-ils toutefois pu accorder une dernière chance de relance au site au lieu d’acter la fermeture ? «La vente aurait été plus simple. Mais que seraient devenus les salariés, les marchands et les partenaires ?», s’interroge une source proche du dossier, rappelant que les salariés, qui ont donc rejeté les deux offres, bénéficient de mesures d’accompagnement avec les PSE.
Il faudrait sauver les sites français, sous entendu les market places, Philippe Corrot (Mirakl)
“Aucune marketplace de taille industrielle orientée en BtoC ne gagne d'argent” explique un très bon connaisseur du métier, qui en a dirigé une.
Depuis une dizaine d’années, Rakuten France a dû affronter d’importantes difficultés avec une activité en déclin: le nombre de clients a baissé de 33%, le trafic a reculé de 42%. Certains observateurs pointent des investissements insuffisants de la part du groupe japonais qui a récemment décidé de s’orienter vers d’autres activités comme la téléphonie et la fintech. «Depuis des années, le soutien du groupe a été constant pour essayer de nouveaux concepts, se diversifier, mais cela n’a pas suffi à inverser la tendance», rétorque un proche du dossier.
La place de marché de Rakuten France n’a pas résisté à de redoutables concurrents asiatiques, dont AliExpress, Temu, Shein et plus récemment Joybuy. «Temu et Shein ont déjà tué les enseignes textiles low-cost, si on laisse nos sites disparaître, on accélère la décommercialisation de la France», dénonce Philippe Corrot, CEO et co-fondateur de Mirakl, l’éditeur français de places de marchés.
Rakuten France a également beaucoup misé sur le créneau de la vente de seconde main, encourageant les particuliers à revendre leurs affaires sur sa plateforme. Mais le site a été largement concurrencé par les spécialistes, dont Vinted, en pleine forme.

Pierre-André Martel, ex-PDG de Caravelle et Jean-Emile Rosenblum. Deux stratégies différentes de reprise d'entreprise
Depuis ce matin, Jean-Emile Rosenblum, le fondateur de Pixmania, a largement communiqué sur Linkedin, s'étonnant des conditions dont son offre a, aurait été étudiée. Il n'en a pas communiqué la teneur et le contenu exhaustif, ce qui aurait peut-être aidé à juger de sa consistance et des promesses qu'elle contenait. Par le passé, notamment sur l'affaire The Kase, il a également connu des échecs. Un repreneur qui affiche un track-record sgnificatif de succès, ça rassure.
Le track-record de Jean-Emile, décrit par les Echos, en juillet 2024 :
Après une faillite retentissante en 2016 , due en partie à la concurrence d'Amazon, le fondateur de l'entreprise - qui avait vendu la société en 2006 pour 350 millions d'euros au groupe Dixons - a racheté la marque et déposé de nouveaux statuts en 2022, dans le but de relancer l'entreprise sous un nouveau format.Et surtout, repartir de zéro. Ou presque. Les frères Jean-Emile et Steve Rosenblum, fondateurs de Pixmania, ont entre-temps exploré d'autres aventures entrepreneuriales, notamment en lançant The Kase en 2019, une société spécialisée dans les accessoires de téléphonie, qui n'a pas survécu à la crise sanitaire. (Camille Wang)
Avant qu'il ne décède, de façon accidentelle, le 17 juillet 2011, Pierre-André Martel, le fondateur de Caravelle, avait créé un fonds qui a repris plus d'une quinzaine entreprises en dix ans, toutes ayant été conservées et ramenées à la profitabilité : Cooper, Belambra, Lamberet, Bennes Marrel etc.. C'est sa fille Lorène Martel qui dirige désormais Caravelle, dont la dernière actualité est la cession, désormais actée, de Belambra Clubs.
La rédaction d'En-Contact + le Figaro et AFP.
Photo de une Pierre-André Martel à bord de son biplace de collection North American T-6 / Photo Dimitri Boisaubert