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Les leads intentionnistes boostés par la fin du démarchage téléphonique

Publié le 11 août 2026 à 10:00 par Magazine En-Contact
Les leads intentionnistes boostés par la fin du démarchage téléphonique

Elle s'appelle Pauline Binelli. En matière de démarchage téléphonique légal et rentable, c'est l'une des dames à connaître. 

Avec l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur le démarchage téléphonique, une nouvelle segmentation apparaît au sein des leads, les leads exploitables et conformes, et les leads en base dont on ne peut prouver la traçabilité ou la véracité du consentement…

Depuis le 11 août 2026, le consentement préalable est devenu la porte d’entrée du démarchage téléphonique. Mais le changement le plus structurant n’est pas seulement juridique. Hier, le marché achetait surtout des contacts. Désormais, il achètera aussi la preuve qui permet de les appeler.
Pour Pauline Binelli, directrice juridique chez hipto, cette bascule ne signe pas la fin du téléphone commercial. Elle oblige surtout le marché à distinguer les contacts collectés en masse des contacts qui ont consenti à être rappelés. La réforme ne tue pas le téléphone. Elle fragilise surtout les leads invérifiables.

Pauline Binelli, directrice juridique chez hipto

Un lead dont on ne peut prouver le consentement, est-il encore un lead exploitable ? 

Non. L’opt-in est la condition juridique. La preuve est la condition opérationnelle.
Un lead téléphonique ne peut plus être regardé comme une simple ligne dans un fichier. Il doit pouvoir être rattaché à un parcours, un wording, une action positive, une finalité, une marque ou un partenaire identifié, et un contexte de collecte.
Beaucoup d’acteurs regardent encore le volume disponible. La vraie question devient maintenant de savoir quelle part de ce volume peut réellement être appelée.
C’est probablement là que le marché va se segmenter le plus vite : entre les acteurs capables de produire un consentement traçable, opposable, exportable, et ceux qui disposent d’un stock de contacts, mais pas toujours d’un dossier de preuve exploitable.

Les anciennes bases sont-elles encore un actif commercial ?
Pas automatiquement. Elles le restent seulement si elles ont été requalifiées. Le mauvais réflexe serait de se demander : « combien de contacts avons-nous encore en base ? » La bonne question est plutôt : « combien de contacts pouvons-nous réellement appeler, et pourquoi ? » Une base ancienne doit être relue selon quatre catégories : les clients sous contrat en cours, les contacts avec consentement et preuve du consentement, les contacts avec consentement fragile, et les contacts à exclure. Cette requalification peut réduire le volume affiché. Mais elle donne une information beaucoup plus utile : la taille réelle de l’actif commercial activable.

Acheter un lead sans regarder son origine : est-ce encore possible ?
C’est possible, mais de plus en plus difficile à défendre. La chaîne publisher, broker, annonceur, centre d’appels ne peut plus fonctionner sur une simple logique de confiance contractuelle. Une clause de conformité reste utile, mais elle ne remplace pas la capacité à documenter l’origine du lead.
Pour un annonceur, la question doit être : « si un signalement est fait contre mon entreprise, suis-je en mesure de prouver le consentement de mon lead ? » Pour un générateur de leads, elle devient : « suis-je capable de fournir cette preuve ? » Le marché ne va donc pas seulement acheter des leads. Il va acheter des leads documentés.
Cette bascule va revaloriser une partie du marché et en déprécier une autre. Les bases anciennes ou mal documentées perdront mécaniquement de leur valeur. À l’inverse, les leads dont on sait prouver le consentement deviendront un « incontournable ». Le marché devrait donc se concentrer autour des acteurs capables de documenter leurs parcours, de tracer leurs consentements et de livrer une preuve exploitable.

Le callback devient-il le parcours le plus rationnel ?
Il pourrait devenir l’un des formats les plus solides du nouveau cadre. La demande de rappel change la nature du contact. On ne part plus seulement d’un numéro collecté, mais d’une intention exprimée : être rappelé, à propos d’un sujet identifié, parfois sur un créneau choisi. Pour les centres de contacts, cela change aussi l’économie de la joignabilité. Le sujet n’est plus uniquement de multiplier les tentatives, mais d’organiser le bon moment de contact.
Dans un marché où l’appel subi est de moins en moins accepté, le rappel demandé peut devenir un avantage de conversion autant qu’un élément de sécurisation.

Peut-on encore transférer le risque à son prestataire ?
Le risque est de confondre transfert contractuel et disparition du risque. Un annonceur peut naturellement demander des garanties à ses partenaires. Mais si l’appel est contesté, il devra être capable de démontrer que la chaîne était maîtrisée. La conformité ne peut pas être uniquement un paragraphe dans un contrat. Le nouveau réflexe devrait être simple : pas de preuve, pas d’appel.
Cela vaut pour les annonceurs, mais aussi pour les centres de contacts, qui ne peuvent plus être seulement des exécutants techniques. Eux aussi doivent savoir ce qu’ils appellent, pourquoi ils appellent, et sur quelle base.

Qui peut faire de cette contrainte un avantage commercial ?
Les acteurs qui étaient déjà structurés partent avec une longueur d’avance. Le marché va continuer à avoir besoin de conversations commerciales. Mais il va faire davantage de différence entre un lead peu cher et un lead réellement exploitable.
Un lead conforme coûte parfois plus cher à produire. Mais il peut coûter beaucoup moins cher à sécuriser, à transformer et à défendre. C’est là que le changement de paradigme devient un avantage concurrentiel. Chez hipto, le sujet n’est pas traité comme une couche juridique ajoutée au parcours, mais comme une composante du produit : wording, traçabilité, consentement, contexte de collecte et capacité à produire une preuve exploitable.
Dans ce nouveau marché, les acteurs les mieux placés ne seront pas seulement ceux qui génèrent de larges volumes de leads, mais ceux qui savent expliquer pourquoi ces leads peuvent être appelés.

Le 11 août n'a pas mis fin à l'appel téléphonique mais il va mettre fin à la sur-sollicitation. 
Il ouvre une nouvelle séquence : celle où la valeur d'un lead ne dépend plus seulement de son prix, de son intention ou de sa joignabilité, mais de la capacité  à prouver qu'il peut être appelé. »

Photo de une, Sitel, Kingston © Edouard Jacquinet

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