11,2 décès pour 1 000 naissances. Se remettre du deuil périnatal, comment ?
C’est aujourd’hui la journée mondiale du deuil périnatal. Cette épreuve touche des couples, des mères, des grands-parents, et reste pourtant un angle mort de l’expérience patient, malgré sa fréquence. Peut-on s’en remettre ? Grâce à un livre, à l’échange entre pairs, à une application ? Tour d’horizon, avec quelques personnalités qui ont osé en parler, des ouvrages en langue française, dont celui d’une psychologue française installée aux États-Unis, et une application née à Bordeaux.
Selon la DREES (Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques, étude de juillet 2026, données 2024), le taux de mortalité périnatale atteint 11,2 pour 1 000 naissances en 2024, un niveau supérieur aux 10,5 environ observés entre 2014 et 2021.
Quand les stars brisent le silence
En octobre 2020, la mannequin Chrissy Teigen a publié sur Instagram des photos de son lit d’hôpital après la perte de son troisième enfant, à près de cinq mois de grossesse. Des images inédites pour une personnalité de cette envergure, qui ont suscité des critiques (« impudiques », « mises en scène »), mais aussi un vrai débat. Pour la sociologue Illana Weizman, à l’origine du hashtag #MonPostPartum, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de témoigner : certaines femmes se taisent, d’autres ont besoin de parler. C’est aussi une façon de briser le tabou. Selon elle, la société glorifie la maternité et relègue au silence ce qui est douloureux, ce que les femmes ont fini par intérioriser.

Des livres qui en parlent, anciens et récents
Survivre à l’Inimaginable est l’ouvrage de Pascale Vermont, psychologue née en France et installée sur la côte Ouest américaine depuis plus de vingt ans. Elle a accompagné plus d’une centaine de couples ayant perdu un bébé (interruption médicale de grossesse, mort fœtale, mort-né, décès dans les premiers mois), et son livre s’appuie sur les entretiens d'une vingtaine d’entre eux. Il s’adresse aux parents, à leur entourage et aux soignants, et traite des premières semaines, des façons différentes de vivre le deuil, des rituels et de l’angoisse d’une grossesse suivante. Publié à l’origine en anglais, ce livre n’est disponible en français que chez Malpaso-RCM, à commander ici.
Dans Le Brasier (Éditions du Rocher, paru le 7 octobre), Charlotte Attry, directrice de l’Alliance française de Berkeley, raconte la mort de son fils Paul. Il lui a fallu dix-sept ans pour trouver les mots et cinq ans pour les écrire. Elle a transposé son histoire à travers Clara et Simon : elle a changé les prénoms, sauf celui de Paul.
« Clara et Simon s'aiment depuis l'adolescence. Après dix années ensemble, la naissance de leur premier enfant devait consacrer leur histoire. Mais leur fils, Paul, meurt six jours après l'accouchement, emportant avec lui toutes les promesses d'avenir. Terrassés, ils avancent au milieu des cendres, entre sidération, colère, culpabilité... Avec cette question qui s'impose : comment continuer à s'aimer ? Le Brasier raconte l'amour à l'épreuve de l'inimaginable. Ce qui reste quand tout s'effondre. Les corps. Les silences. Mais aussi l'espoir. A travers une narration alternant les temporalités, Le Brasier explore le corps vidé, le couple vacillant, les maladresses des proches, l'absurdité administrative, la violence des souvenirs et la nécessité, malgré tout, de continuer à vivre. Un récit puissant, autant sur la perte que sur la renaissance. Autant sur l'effondrement que sur la reconstruction. », Éditions du Rocher.
Rose Care, une application pour gérer son deuil périnatal
Lancée le 1er octobre 2026, l’application bordelaise Rose Care vise à combler un vide. « Quand on accouche d'un bébé vivant, le lendemain on est suivie par une sage-femme, ne serait-ce que pour gérer le post-partum corporel. Il se passe la même chose pour un bébé mort, mais là, on est tout seul... » résume Marion Hoarau, cofondatrice de Rose Care, qui a elle-même perdu sa fille Romane en 2018, à 39 semaines.
Le service, en freemium (paiement unique de 39 euros), propose des contenus pédagogiques, des audios de sophrologie, des exercices d’ancrage, un journal de bord et une communauté. Il est hébergé chez un hébergeur certifié HDS et validé par un comité scientifique (deux psychologues et une sage-femme du CHU de Bordeaux). Une version intégrant un espace conversationnel par IA est annoncée. Marion Hoarau, consultante freelance, l’a construite avec des agents IA, puis fait relire son code par des développeurs. Elle revendique une centaine d’utilisateurs.
Le besoin est réel, dans l’enquête menée par la start-up auprès de 135 répondantes, 90 % ont cherché de l’aide en ligne, mais 11 % seulement disent avoir trouvé ce qu’elles cherchaient.