« Je pouvais être aimée, même sans m’appeler Mulliez ». Des enjeux & des livres, deuxième édition
L’écriture d’un premier livre et son édition ne sont pas un long fleuve tranquille. Et s’appeler Mulliez n’est pas une garantie d’amour sincère.

Lors de la deuxième édition de Des enjeux & des Livres (la rencontre/ dédicace co-organisée par Lamartine et le magazine En-Contact) la petite fille de Gérard Mulliez, le fondateur d’Auchan, a raconté pourquoi elle a décidé un jour, d’écrire un livre sur son grand-père, un homme secret et rebelle. Elle a également témoigné sur l’aventure que représente l’écriture d’un livre, son édition et la mise en marché. Cet aspect a particulièrement intéressé l’auditoire, captivé parallèlement par la simplicité et la franchise de Margaux Mulliez.
On peut être une jeune femme parfois embarrassée par son nom, lorsqu’il est célèbre et qu’il fait naitre des idées fausses. Quelques temps forts de cette matinée et du témoignage de Margaux :
« J’ai fait des études littéraires et j’ai toujours aimé écrire. Pourtant, quand j’ai achevé la première mouture de mon manuscrit, après un an de travail et de collecte des informations, je l’ai trouvé nul, illisible. Je croyais que d’avoir aligné toutes les histoires et les faits aboutissait à un livre. Je me trompais. J’ai fait le choix de contacter une sorte de script doctor spécialisée dans la relecture et la correction des manuscrits, avant qu’ils soient envoyés aux éditeurs. Elle m’a tout fait refaire ou presque, avec un bon conseil : le lecteur doit être plongé dans l’histoire aux côtés du personnage principal, avoir l’impression de vivre à son époque. C’est la clé. J’ai dû tout revoir dont la structure du livre. »
Mulliez, le catholicisme social
« Très longtemps, mon nom de famille m’a presque embarrassée, car je n’en comprenais pas l’impact. Pour moi, Gérard Mulliez était simplement mon grand-père, le monsieur chez lequel je déjeunais le dimanche. Mulliez et Auchan, ça suscite beaucoup d’idées fausses. On croit que je fais mes courses et que je ne passe pas à la caisse pour les payer, que je suis richissime et sans connaissance des contraintes de la vie quotidienne. Et la seule mention de mon nom fait parfois briller les yeux.
Quand j’ai découvert, en me présentant simplement comme Margaux, que je pouvais avoir des amis sincères, j’ai été rassurée. Écrire ce livre a été une forme de plongée dans l’histoire de la famille, du succès d’Auchan. Et alors que le nom Mulliez suggère très vite la fortune, une grande partie des valeurs qui ont guidé mon enfance sont inspirées du catholicisme social. S’occuper des autres, du bien-être des collaborateurs, est une conviction enracinée chez mon grand-père. »
Gérard Mulliez, le rebelle
« Mon grand-père a l’image d’un PDG catholique, discret, comme on peut l’être dans le Nord. En fait c’est un rebelle, qui ne rentrait pas dans les cases et qui a creusé son sillon parfois un peu hors la loi. Il a tout de même été capable de construire un hypermarché sans permis de construire ! »
Ceux qui créent, qui sont sur le terrain savent et sont écoutés
« Lors des réunions de l’AFM, la parole des fondateurs est toujours plus écoutée. Il y a quantité de cadres et dirigeants brillants, très diplômés, mais ce qui capte le plus l’attention est le témoignage des fondateurs, qui sont partis de rien et ont créé »

Les dédicaces, l’accueil des médias et les chiffres de vente
Dès sa sortie, le livre de Margaux a intéressé les grands médias français, dont des journaux peu portés sur l’admiration béate des grands capitaines d’industrie, tels le Monde, Libération. Tous ont accueilli Margaux et ont témoigné de la réussite du récit. Le livre se vend bien, au point d’avoir presque atteint les 10 000 exemplaires vendus, une prouesse dans le contexte actuel.
Mais surtout les dédicaces attirent, partout où elles sont organisées, et les demandes affluent, sur la boite mail de Margaux, qui ne ménage pas sa peine pour tenter d’y donner une réponse positive. Récemment, un samedi après-midi, elle a dédicacé son épopée au sein de Franklin, le prestigieux lycée Saint-Louis de Gonzague.
« Malgré ceci, ne pensez pas faire fortune avec un livre, indique une personne de son proche entourage : Margaux a effectué des dizaines de déplacements pour aller rencontrer les témoins, pour vérifier les histoires, les dates. Cela a nécessité presque quatre ans, pendant lequel vous ne gagnez pas votre vie ou de salaire ».
Margaux pense-t-elle déjà à un second livre ?
« On me pose déjà et souvent la question. Je n'ai pas de vrai projet pour l'instant, mais une idée : consacrer un livre à Francine qui a été l'assistante directe de mon grand-père, et surtout une personne décisive dans l'histoire d'Auchan. Francine Vandamme était bien plus qu'une assistante pour lui, elle était son bras droit, capable de lui ternir tête quand elle le jugeait juste. Les hommes de l'état-major d'Auchan la respectaient, certains la craignaient. Et tout ça à une époque où les femmes n'avaient pas encore la place et le poids qu'elles ont aujourd'hui.
Des enjeux & des livres, une troisième édition ?
Après une première puis une seconde édition réussies, Des enjeux & des livres poursuit l'aventure avec une troisième édition, à venir. L'auteur qui viendra partager son regard n'est pas encore annoncé, si vous avez un livre, une idée ou une suggestion, nous sommes à l'écoute. Le livre doit parler du monde de l'entreprise, d'économie et évoquer des enjeux.
